Los Angeles dans Mulholland Drive de David Lynch : Donner à voir et à comprendre la ville postmoderne

Publication de notre article dans la revue Amerikahttp://amerika.revues.org/4373

Los Angeles est connu pour être la ville du cinéma et l’archétype de la ville de la postmodernité qui, comme théorisé par l’Ecole de Los Angeles, est fragmentée à la fois socialement et spatialement. Face à ce double constat et à l’heure où le cinéma devient un objet d’étude à part entière de la géographie, tant culturelle qu’urbaine, il nous a semblé pertinent d’étudier Los Angeles au prisme d’une œuvre cinématographique. Mulholland Drive de David Lynch (2001) est particulièrement intéressant pour notre propos parce qu’en mobilisant un ensemble de références filmiques et spatiales du rêve hollywoodien, il donne à voir de façon postmoderne cette ville de la postmodernité : à travers les subjectivités de ses personnages, le réalisateur déconstruit le mythe pour montrer l’envers du décor. Par un jeu constant sur les lieux et la perte de repères, D. Lynch fait émerger un autre Los Angeles : loin du cadre idyllique et factice des studios, la ville apparaît comme insaisissable et invivable, en écho à la ville agonisante des théories postmodernes. Pourtant, la tension dynamique générée par les identités mouvantes des protagonistes, cette tension inhérente à la désorganisation spatiale de la ville et malgré tout unificatrice, fait encore tenir Los Angeles.

Los Angeles is known to be the archetypal city of postmodernity, which means, as theorized by the Los Angeles School, a city both socially and spatially fragmented. It is also the city of cinema and, as cinema becomes a research topic in its own right, in the field of cultural as well as urban geography, it seemed relevant to study Los Angeles through the lens of a film masterpiece. David Lynch’s Mulholland Drive (2001) is particularly interesting on this point because, as it calls up a set of spatial and film references to the Hollywood dream, it shows in a postmodern way this city of postmodernity : throughout the subjectivities of his characters, the director deconstructs the myth and leads us behind-the-scenes. Constantly playing on places and the loss of landmarks, D. Lynch brings to light another Los Angeles : far from the idyllic but artificial surroundings of the studios, the city appears elusive and uninhabitable, echoing the dying city of postmodern theories. However, thanks to the dynamic tension produced by the protagonists’ moving identities – a tightness inherent to the city’s spatial disarray, yet unifying -, the city of Los Angeles still seems to hold together.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Pourquoi “Looking for L.A”, pourquoi un blog sur la géographie de Mulholland Drive ?

Que serait le cinéma aujourd’hui sans Hollywood, et réciproquement ? Géographes de l’Ecole Normale Supérieure, nous avons effectué en avril dernier un terrain à Los Angeles qui a constitué une véritable chance d’étudier de plus près non seulement l’industrie cinématographique américaine mais surtout ses ressors géographiques. Le choix du film Mulholland Drive pour appréhender la ville a semblé d’autant plus légitime qu’Hollywood est comme doublement présent dans le film : en amont, par les déboires de David Lynch avec les studios de production hollywoodiens qui ont refusé de produire la série que devait être Mulholland Drive, mais aussi dans le film-même ainsi que dans les référents cinématographiques qu’il met en scène et qui inscrivent le film dans une histoire des films hollywoodiens.

Mais Los Angeles n’est pas seulement la ville du cinéma. Dans l’histoire de la géographie, elle est aussi l’archétype et le modèle de la ville post-moderne (Dear et Flusty, 1998 ; Soja, 1996, 2011), c’est-à-dire d’une ville post-industrielle, sans centre, communautaire, sécurisée, inégalitaire, connectée mais aussi fragmentée. Cela est d’autant plus intéressant que Mulholland Drive explore et donne à voir ces présupposés géographiques : le film joue avec le mythe hollywoodien, reconfigurant la ville à travers la recomposition des connections entre lieux ordinaires et extraordinaires de la ville. David Lynch participe ainsi à sa manière à (dé)construire Los Angeles comme une ville postmoderne.

Ce dont ce blog cherche alors à rendre compte, par sa présentation des lieux de tournage, de notre expérience du terrain et des cartes réalisées pour mieux appréhender Mulholland Drive, c’est que partir à la recherche du film de David Lynch, c’était aussi se confronter à la ville post-moderne, à sa morphologie labyrinthique, et aux imaginaires qui en découlent.

Posted in Uncategorized | Leave a comment